La philosophie à la croisée de la psychologie, du droit et des sciences
C’est au lycée de Boulogne-sur-Mer que Pascaline TURPIN découvre la philosophie, en particulier la philosophie antique. Elle garde en mémoire son premier cours de terminale consacré à une citation d’Épicure extraite de sa Lettre à Ménécée : « La mort n’est rien pour nous ».
Titulaire d’un Doctorat d’État et d’un Doctorat canonique de philosophie, elle enseigne à la Faculté de théologie et y dirige l’Institut de Philosophie, créé en 2025.
Sur les pas de Platon, Plotin, saint Augustin
Pascaline TURPIN a réalisé l’ensemble de sa formation supérieure de philosophie à l’Université de Lille : licence, maitrise et DEA, l’amenant sur les pas de Platon, de Plotin, de saint Augustin et de Grégoire de Nysse.
Elle s’intéresse très vite au lien entre philosophie et théologie, notamment à la réception de la philosophie grecque dans la pensée chrétienne. Désirant travailler en thèse en philosophie médiévale, c’est à Paris qu’elle se dirige.
Ses études en licence de philosophie se doublent rapidement d’un cursus de théologie qu’elle débute à l’Université Catholique de Lille et qu’elle poursuit à l’Université Catholique de Paris.
« Philosophie et théologie, des matières intimement liées »
« J’ai été très marquée, dit-elle, par la visite de monastères orthodoxes, ces lieux de spiritualité qui s’apparentent à une demeure. Je m’y sentais chez moi alors que j’étais une enfant. Et des cours passionnants autour de la pensée de saint Augustin dans mon cursus de licence de philosophie m’ont poussée à entrer également en théologie tout en poursuivant mes études de philosophie.
La philosophie et la théologie sont deux disciplines qui se croisent, s’interpénètrent. Elles sont pour moi des lieux de questionnements qui invitent à des conversions intellectuelles et spirituelles, à des pratiques existentielles ».
Sa thèse de Doctorat en philosophie médiévale, en cours d’édition chez Peeters, a été consacrée à « L’épaisseur du sensible au XIe siècle », c’est-à-dire à la consistance ontologique de la nature créée.
Quelles visions de la nature et de la création ?
Ses travaux de recherche concernent aujourd’hui plusieurs thèmes, autour des visions de la nature et de la création qui s’affrontent au XIème siècle.
L’utilisation de la logique dans les articles de foi aux XIe-XIIe siècles de l’Occident Médiéval, sujet exploré dans le droit fil de sa thèse de Doctorat en philosophie médiévale.
La réception de la philosophie grecque dans le christianisme antique, avec en particulier l’étude des sources antiques qui ont influé sur la conversion d’Augustin au christianisme.
Les cosmologies des Pères de l’Église, en particulier celle de saint Irénée de Lyon et de saint Augustin : Pascaline TURPIN s’attache à caractériser et comprendre leurs visions de la nature et de la création.
La place de l’animal dans la pensée chrétienne
Un quatrième axe de recherche s’est beaucoup développé ces dernières années : il concerne la place de l’animal dans la pensée antique et la pensée chrétienne.
« L’animal a été pour la philosophie grecque et pour la pensée chrétienne une figure généralement prise en charge pour penser l’homme et son statut d’exception au sein de la nature. La pensée de l’animal a des conséquences directement anthropologiques et théologiques. Mais une fois cela dit, comment penser l’animal aujourd’hui sans qu’il serve de faire-valoir à l’homme ?
« Penser l’animal sans qu’il serve de faire-valoir à l’homme ? »
La Faculté de Théologie accueille, sous la responsabilité du Professeur Catherine VIALLE, le groupe de recherche PAnDA : Penser l’Animal, Dignité Animale.
Il a pour objectif d’envisager la place de l’animal dans la société contemporaine. Son approche se veut interdisciplinaire et convoque la philosophie, les religions dont le christianisme, la biologie et le droit.
Le groupe PAnDA est à l’origine de la création d’un DU en études animales « Regards croisés sur les animaux », une formation pluridisciplinaire unique en région Hauts-de-France dans le champ des études animales.
La création de l’Institut de Philosophie en 2025
Pascaline TURPIN est engagée depuis de nombreuses années dans l’enseignement de la philosophie qu’elle a partagé dans différentes Universités. Elle enseigne en Faculté de Théologie et dans plusieurs filières de l’Université Catholique de Lille.
« Nous avons, il y a cinq ans, développé des formations en philosophie et en histoire de la philosophie qui se présentent aujourd’hui sous la forme de deux Diplômes Universitaires.
Les réflexions menées tant au Vatican qu’ici, à l’Université Catholique de Lille, ont conduit à la création en 2025 d’un Institut de Philosophie qui vient d’effectuer sa première rentrée académique.
« Philosophie, psychologie, droit, des disciplines qui s’éclairent mutuellement »
À côté de la licence de philosophie, nous avons souhaité inscrire d’emblée, au sein de notre Institut, deux doubles licences : l’une en philosophie et droit, l’autre en philosophie et psychologie. Car ce sont des disciplines qui s’éclairent mutuellement.
La licence de philosophie reste, elle aussi, marquée par l’exigence de la transdisciplinarité, avec certains apports de la psychologie, du droit ou des sciences politiques ».
Savoir développer une pensée complexe, un esprit critique, pour choisir et agir
Dans les locaux de la Faculté de Théologie et de l’Institut de Philosophie, on peut lire cette citation de Descartes : « C’est vraiment avoir les yeux fermés que de vivre sans philosopher ». Et celle de Jankélévitch : « On peut vivre sans philosopher, mais pas si bien ».
« On peut vivre sans philosophie mais pas si bien »
Pour Pascaline TURPIN, la philosophie doit participer à la formation de la personne tout entière : intellectuelle, humaine et spirituelle. « C’est une discipline qui permet aux étudiants de développer une pensée complexe, nuancée et pratique. De développer leur esprit critique qui rend possible le discernement, qui leur permet de choisir et d’agir. Ils doivent être capables de prendre des décisions éclairées dans un monde en constante mutation, de se construire en tant qu’individus libres, responsables et engagés ».
Les débouchés de la licence et les poursuites d’étude concernent principalement les métiers du conseil, le monde des médias, de la communication et du journalisme ; les métiers des ressources humaines, de la formation, de l’enseignement et de la recherche.
En cette rentrée 2026, l’Institut de Philosophie accueille 35 étudiants.
Propos recueillis par Francis DEPLANCKE