Séminaire « Discours, vulnérabilités, société » séance 1

Séminaire « Discours, vulnérabilités, société » séance 1
Présentation du séminaire annuel – saison 2
Dans l’optique du développement de la pluridisciplinarité au sein de l’Ecole des sciences de la société (ESSLIL) de l’Université catholique de Lille, ainsi que du Groupe d’études et de recherches sur les transformations sociétales (GERTS) du laboratoire ETHICS EA 7446, l’année académique 2026/2027 voit le déploiement d’un séminaire intitulé « Discours, vulnérabilités, société », ouvert à tous les collègues ainsi qu’aux doctorants et aux étudiants de Master.
Ce séminaire vise à permettre une mise en valeur de l’analyse de discours (tel que porté à la fois par les sciences du langage et par les sciences de l’information et de la communication), en lien avec les thématiques du GERTS. Ce faisant, le but est de dynamiser la mise en dialogue avec les autres sciences humaines pratiquées au sein du GERTS et d’ESSLIL, à savoir la sociologie, l’anthropologie, ou encore les sciences de l’éducation – et plus généralement, les sciences sociales dans leur ensemble.
En invitant des collègues universitaires à parler de leurs objets de recherche, objets qui sont en résonnance avec les sujets d’étude du GERTS ou les thématiques abordées au sein des formations d’ESSLIL, nous souhaitons ainsi aborder le triptyque discours-vulnérabilités-société à travers l’approche suivante :
- Les discours, définis comme des matérialités et expressions langagières qui font circuler du sens, des imaginaires et des représentations sociales, à travers une variété de dispositifs et de sphères (entretiens, univers digital, créations artistiques, productions médiatiques…), propres à donner des clés de lecture sur l’organisation et l’évolution de nos sociétés dans leur ensemble ;
- Les vulnérabilités, abordées à la fois comme des situations sociales qui habitent les espaces, influencent les pratiques et les technologies, contraignent les existences et déterminent les champs d’action et d’empowerment, en considérant les dimensions humaines et non humaines ainsi que les contraintes sociales, économiques et politiques qui les traversent ;
- La société, enfin, considérée comme un tout qui se trouvent être le carrefour, le fruit et l’agent de facteurs sociaux, économiques, culturels, anthropologiques, politiques et historiques (entre autres), et qui ne doit pas être considéré comme un espace humain clos, mais un système en dialogue avec d’autres systèmes qui les dépassent, non humains en particulier.
En ce sens, ce séminaire pourra également permettre de poser les bases de collaborations potentielles, d’inspirer des projets de recherche ou des discussions fécondes, ou encore d’interroger les formations dispensées au sein d’ESSLIL.
Titre de la séance : « Il faut bien dire les choses contrainte et méthodes de la parole en détention » par Lucie ALIDIERES, Université de Montpellier Paul-Valéry, unité de recherche LHUMAIN
Lieu : Amphi RS254, 58 rue du port, Lille
Présentation
En détention, la contrainte est aussi une condition de production de la parole qui supposent de com-poser avec plusieurs destinataires, avec leurs positions respectives et avec les conséquences possibles de ce qui est dit. Les personnes participantes répondent à ces problèmes pratiques par des méthodes, au sens où Garfinkel (1967) désigne les procédés par lesquels les membres rendent leurs activités re-connaissables et intelligibles : ces méthodes constituent la part productive de la contrainte. Cette séance propose de les décrire dans une écologie de la parole en contexte contraint à partir de l’analyse conversationnelle d’inspiration ethnométhodologique en particulier sur la notion de recipient design : chaque tour est conçu pour ceux à qui il s’adresse (Sacks & al. 1974). Un tour adressé à un interlocuteur peut ainsi être reçu par d’autres personnes présentes, comme dans les réunions institutionnelles à plusieurs participants (Hitzler, 2013) voire par une audience qui écoute sans prendre part à l’échange (Heritage, 1985).
Dans et par les tours de parole, les personnes participantes construisent des catégories (« détenu », « étudiant », « intervenant ») et, du même mouvement, le droit de savoir et de dire à partir de leur expérience. Des extraits d’interactions éducatives enregistrées en détention permettent d’observer ces méthodes sous des formes variées : une critique peut être formulée en question, un locuteur peut gé-néraliser son propos, déplacer la catégorie depuis laquelle il parle ou recourir à l’humour. Cette attention aux conditions de la parole conduit à revenir sur la notion de vulnérabilité, selon qu’on l’attribue à des personnes ou qu’on la rapporte à des situations. Nous examinons ce que chacune de ces deux positions implique pour le consentement et pour l’exposition des récits et formulons une hypothèse de travail : certaines des méthodes décrites se stabilisent au fil des rencontres, et un dispositif qui associe les personnes concernées à la production, à la circulation, à la réception et à la conservation de leur parole peut en soutenir l’invention.
Notice bibliographique
Lucie Alidières est maîtresse de conférences en sciences du langage à l’Université de Montpellier Paul Valéry (UMPV) et membre de l’unité de recherche LHUMAIN. Ses travaux portent sur la parole en contexte contraint, en particulier en milieu carcéral, à la croisée de la linguistique interactionnelle, de l’analyse conversationnelle et de l’ethnométhodologie. Elle y constitue et analyse des corpus multimo-daux, issus notamment d’interactions éducatives en détention. Elle a initié et coordonné le projet eu-ropéen Erasmus+ SPOC in Prison, consacré à des dispositifs de formation numérique donnant accès à des contenus universitaires aux personnes détenues. Elle coordonne à présent et jusqu’en 2029, le pro-jet REVOICES (financé par l’Institut MIRANDA et le programme Erasmus+) qui réunit personnes déte-nues ou sortantes, intervenants associatifs, éducateurs, chercheurs et artistes au sein d’une commu-nauté mixte de recherche-création. Elle est par ailleurs rapporteure au comité d’éthique de la re-cherche de l’UMPV.



