[Zoom sur] Le laboratoire MUSE de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines

Aux frontières des territoires, des représentations, des perceptions et des imaginaires

 

Avec la nouvelle co-direction assurée par Tiphaine ZETLAOUI et Xavier AURÉGAN, le laboratoire MUSE de la Faculté de Lettres et Sciences Humaines, créé en 2021 autour des questions de communication, société et environnement, poursuit une transformation en profondeur. Il fait dialoguer les disciplines des sciences humaines et sociales pour comprendre les modes d’expression que l’humain emploie et les liens qu’il tisse pour vivre en société, à toutes les échelles des territoires,

Refonder plutôt que réorganiser 

Il y a des prises de fonction qui ne se contentent pas de prolonger l’existant. Depuis peu, la nouvelle co-direction du laboratoire MUSE, portée par Tiphaine ZETLAOUI et Xavier AURÉGAN, s’inscrit dans une dynamique ambitieuse : repenser en profondeur la manière de faire de la recherche collective.

« 37 enseignants-chercheurs issus de 10 disciplines scientifiques »

Un choix assumé né d’un constat : dans un laboratoire pluridisciplinaire – qui regroupe 37 enseignants-chercheurs et doctorants issus de 10 disciplines scientifiques autour du champ très vaste des mondes contemporains – « il faut dialoguer pour bâtir une structuration qui fasse sens, sans gommer les spécificités ». La nouvelle équipe a fait le pari de partir du terrain. Des dizaines d’heures d’échanges avec les chercheurs ont permis de faire émerger une organisation construite collectivement, au plus près des pratiques.

Comprendre le monde contemporain, contribuer à ses équilibres

Pour structurer cette diversité, le laboratoire s’organise désormais autour de deux grands axes.

  • Scène/s : cultures, récits et imaginaires

Les chercheurs explorent les formes contemporaines de représentation à travers les arts et la culture ; les médias et le numérique ; les récits et les sociétés ; les dynamiques du sujet, du désir et de la création ; les questions de pouvoir. Un ensemble de travaux qui interroge la manière dont le monde se traverse, se raconte, se met en scène et se transforme. « On est sur des formes de représentation plus médiatiques, culturelles, parfois plus légères en apparence… mais qui structurent et révèlent profondément certains aspects de nos sociétés » souligne Tiphaine ZETLAOUI.

  • Représentations et international : lire les tensions du monde

Le second axe se déploie sur des enjeux plus directement géopolitiques et stratégiques : projections géopolitiques et environnementales ; mutations des conflits et des menaces contemporaines ; représentations dans les mondes occidentaux ; dynamiques internationales, diplomatiques et militaires. Pour Xavier AURÉGAN, « la notion de représentation prend ici une autre épaisseur : elle devient un outil d’analyse des rapports de force, des imaginaires politiques et des tensions globales ».

A l’avenir, MUSE pourrait se structurer en un projet fédérateur autour d’un grand thème transversal, peut-être celui des « frontières », encore en discussion.

Une direction à deux voix

Autre marqueur fort de cette nouvelle dynamique : une gouvernance bicéphale. Un choix encore rare dans le paysage universitaire, mais ici revendiqué comme une nécessité : « On ne peut pas diriger seul un laboratoire pluridisciplinaire ». Cette codirection repose sur une complémentarité assumée entre les domaines de recherche : d’un côté, les enjeux géopolitiques, internationaux, environnementaux ; de l’autre, les approches culturelles, médiatiques, sociologiques.  Une articulation qui dépasse la simple répartition des tâches. « Ce que l’un ne parvient pas à résoudre, l’autre le peut. Cette complémentarité est une force ». Le laboratoire MUSE confirme sa vision de la méthodologie de la recherche : sortir d’un modèle vertical pour construire une animation résolument plus horizontale, plus collaborative.

Une interdisciplinarité incarnée

C’est donc une autre approche de la recherche qui se dessine, basée sur une interdisciplinarité qui ne se décrète pas… mais qui se vit. « Ce qui a guidé la structuration, ce sont aussi les affinités. Les gens qui ont envie de travailler ensemble. » Un choix fort, presque contre-intuitif dans le monde académique.

« Une interdisciplinarité qualifiée de réussie par l’HCERES »

Ici, le collectif ne se construit pas uniquement sur des objets de recherche, mais sur des dynamiques et des interactions entre les chercheurs. Résultat : des projets qui émergent naturellement, des collaborations plus fluides, et une interdisciplinarité qualifiée — lors d’une récente évaluation de l’HCERES — de « réussie ».

Former par la recherche

Autre priorité : renforcer le lien entre recherche et formation. Le laboratoire entend jouer pleinement son rôle dans la construction des parcours étudiants. Objectifs : développer la méthodologie de la recherche dès le Master ; accompagner les étudiants vers des productions scientifiques et encourager la publication et la participation à des événements académiques. « Organiser un séminaire, publier un article, ce sont aussi des expériences professionnalisantes » constatent nos chercheurs. Une dynamique déjà en cours, avec l’implication d’étudiants dans des projets éditoriaux l’ouverture de publications aux meilleurs mémoires et l’intégration de séminaires de recherche dans les cursus. Une manière de faire de la recherche un levier de formation, mais aussi d’émancipation.

Un laboratoire ouvert et en mouvement

MUSE ne se pense pas en vase clos. Les collaborations se multiplient, notamment avec l’Université de Valenciennes et à l’international. Des projets émergent également à l’interface avec les enjeux environnementaux, les politiques publiques et les dynamiques territoriales.  

En parallèle, le laboratoire structure ses outils : développement du Médialab ; valorisation des archives et des fonds documentaires, relance de dynamiques éditoriales.

Pour une nouvelle pratique de la recherche

Au fond, la transformation engagée dépasse la seule organisation. Elle porte une ambition plus large : changer la culture même du laboratoire. Plus de collégialité, plus de transparence, plus de place donnée aux chercheurs, titulaires comme associés, qui s’impliquent d’autant. Une réelle collaboration avec les étudiants. Une structuration évolutive, assumée comme telle.

À l’heure où les grands défis contemporains exigent des regards croisés, MUSE fait le choix d’une recherche décloisonnée, collective et incarnée, en mouvement, qui se construit, ensemble.

 

Propos recueillis par Lucile VERVUST et Francis DEPLANCKE