[Portrait de Chercheur] Albin WAGENER, Enseignant-chercheur en linguistique et sciences du langage

En finir avec le bavardage climatique, divulguer les récits positifs de la transition écologique

Quels facteurs favorisent l’engagement actif des citoyens, sur leurs territoires, dans la transition écologique ? A travers l’analyse de 559 récits de transformation socio-environnementale, Albin Wagener apporte des pistes de réflexion et d’action efficaces, communiquées lors du Colloque Ecomorphoses organisé les 26 et 27 juin dernier par l’Université Catholique de Lille.

Spécialiste de l’analyse des discours politiques, numériques et climatiques, Albin Wagener n’est pas du genre à se décourager quand il constate l’écart entre les intentions et les résultats. Il choisit d’abord d’en rire, en fondant en 2020 avec des amis « Malheurs Actuels », le Gorafi de la transition écologique qui tourne en dérision les petites phrases des politiques à ce sujet.

Trois ans plus tard, le linguiste enfonce le clou en publiant « Blablabla. En finir avec le bavardage climatique », un récit qui décrypte les discours et les manières de dire (ou de contester) le changement climatique.

Polyglotte, musicien, marié et père de trois enfants, le Franco-Canadien-Luxembourgeois Albin Wagener a démarré sa carrière comme traducteur dans la finance et l’audiovisuel. Il d’obtient un Doctorat en linguistique et communication interculturelle et une Habilitation à diriger des recherches en sciences du langage.

Il intègre l’Université catholique de Lille en 2023, devient responsable pédagogique du nouveau Master Sciences Humaines et Sociales d’ESSLIL en 2024, tout en pilotant le programme DAREC-TES3C et en organisant le colloque Ecomorphoses…

Sitôt remarqué par le Secrétariat Général à la Planification Ecologique (service du Premier Ministre), le livre devient un programme de recherche-action répondant au doux nom de code DAREC-TES3C : Diagnostic analytique des récits emblématiques en circulation, appliqué aux transformations écologiques et sociétales en contexte de crise climatique.

Des récits qui éclairent l’avenir

Financé par l’ADEME et l’Université catholique de Lille, le projet répertorie 559 récits emblématiques de transition écologique, en France et outremer, pour identifier, à travers leurs freins et leviers, ceux qui favorisent l’engagement concret et efficace des citoyens sur leur territoire. A l’aide de logiciels spécialisés d’analyse du langage, les équipes de recherche ont relevé les arguments principaux, les interconnexions entre les récits et les raisons communes de leurs succès.

« 559 récits de transition écologique en France et Outremer »

Leurs conclusions ont été présentées lors du colloque Ecomorphoses des 26 et 27 juin 2025 à l’Université catholique de Lille, point d’orgue du projet, et rendues dans un livrable à l’été 2025. Il comprendra des outils d’analyse (par type de territoire, par région, département, secteurs métiers etc…) ainsi que des propositions de leviers pouvant inspirer l’engagement du grand public et des décideurs. Les médias sauront-ils relayer ces récits forts et positifs trop souvent invisibilisés ?

L’attachement au territoire

Même si la face négative de la crise mondiale que nous traversons aimante notre mental, les récits positifs d’une transition écologique opérationnelle répondent à un besoin humain non satisfait. « Pour qu’une transition emporte les gens dans l’action, il faut un fort attachement au territoire géographique, à la culture, à la langue, au paysage. Les initiatives citoyennes sont alors foisonnantes, conclut Albin Wagener au terme de cette recherche. L’engagement vers la transition écologique est également significatif si le territoire a connu des périodes de crises économiques dans son histoire.»

« Plus l’attachement au territoire géographique, à la culture, à la langue est fort, plus les initiatives citoyennes sont foisonnantes »

Retrouver l’art de vivre ancré dans les réalités locales

Huit départements foisonnent particulièrement en initiatives fécondes : Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Nord, Pas-de-Calais, Gironde, Paris, Pyrénées-Atlantiques et Haute-Garonne. Sur ces territoires, les actions qui fonctionnent ne parlent pas d’environnement, de limites mais entrainent les habitants en leur parlant de modèles alternatifs d’économie et de modes de vie, de possibilités d’agir, de capacités et de ressources à déployer, de bien vivre ensemble.

L’écologie, « passagère clandestine des initiatives », s’incarne et se ressent alors dans ces nouvelles façons de vivre ensemble. « Au final, l’élément notable sur lequel les transitions écologiques peuvent prendre appui est le fort besoin de convivialité, de culture, de solidarité pour faire société ensemble, autant de marqueurs de la manière dont on vit en France » résume le chercheur.

Retrouver un art de vivre ancré dans les réalités locales, cultiver le sens de la fête, c’est son plaidoyer avant de se mettre à écrire les prochains chapitres de ses investigations : aller voir comment les autres pays européens vivent et racontent leurs transformations sociétales et écologiques.

Propos recueillis par Lise Dominguez

albin.wagener@univ-catholille.fr

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