[Grand Programme Strcuturant] L’indispensable transition socio-écologique de l’Université

Penser le vivant

Regardons l’actualité. Les vagues de chaleur subies cet été ont impacté durement les populations et les paysages en France, sur la planète. Les prix des carburants et de l’énergie battent des records. La précarité énergétique touche 11 millions de français. Autant de réalités, de conséquences et d’inquiétudes que suscite le changement climatique.

 

La planète vous la voulez bleue ou bien cuite ?

Nos comportements collectifs et personnels sont interrogés : comment, à notre niveau de citoyens, de professionnels, de décideurs, d’usagers, de consommateurs pouvons-nous agir pour diminuer l’impact du changement climatique et participer à l’adaptation collective indispensable et urgente ?

Comment l’Université catholique de Lille et ses établissements agissent-ils ? Questions à Benoît ROBYNS, Vice-Président Transition énergétique et sociétale.

 

Benoit ROBYNS est Vice-Président Transition énergétique et sociétale de l’Université, Directeur adjoint de la recherche à JUNIA.

Docteur-ingénieur civil de l’Université Catholique de Louvain (Belgique), HDR en génie électrique, il a dirigé 34 thèses de doctorat et publié plusieurs ouvrages sur les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie électrique, les réseaux électriques intelligents, la transition énergétique et sociétale.

 

L’Université a créé dès 2014 le Programme LIVE TREE, sous l’impulsion de la Région Hauts-de-France. Quelle en était l’ambition ?

Nous avons voulu contribuer à la transition énergétique, écologique, économique et sociale de l’ensemble de nos activités d’enseignement, de recherche et de service à la société.

L’Université, avec ses établissements, rassemble aujourd’hui 43 000 étudiants, 6 000 salariés dont 1 000 enseignants et chercheurs, 3 300 médecins et personnels hospitaliers. Elle impacte les territoires où elle est implantée, collabore avec de nombreuses entreprises et collectivités, échange avec 600 Universités dans le monde.

Nous avons porté, très tôt, une démarche de transition systémique associant les étudiants, les personnels, les partenaires et les acteurs du territoire.

C’est une démarche conforme au rôle d’éducation globale que nous voulons jouer et à notre responsabilité sociétale, en développant, dès le départ, des projets structurants et à impact autour de la mobilité, de l’énergie, des bâtiments de la biodiversité et de l’inclusion des usagers.

 

Comment les établissements de l’Université ont-ils traduit ces ambitions ?

Tous les établissements de l’Université se sont emparés des enjeux du climat et des défis de la transition à relever. Ils ont décidé ces dernières années d’adapter leur démarche stratégique de formation, de recherche et de services à la société en conséquence.

On peut citer l’EDHEC et son plan Générations 2050 qui veut agir pour la réinvention progressive du business et des entreprises en faveur du bien commun, avec en particulier l’émergence d’une finance du climat.

« la réinvention du business, la finance du climat »

L’IESEG a articulé son plan stratégique autour du triptyque « Inspirer, connecter, transformer » qui vise à former des acteurs du changement pour une société durable et meilleure.

Le PLAN JUNIA 2035 vise à transformer l’école d’ingénieurs pour accompagner les grandes transitions écologiques, énergétiques et numériques.

L’Institut Catholique (les Facultés, les écoles et instituts, ETHICS, les Hôpitaux) a choisi, parmi ses cinq axes stratégiques pour 2030, d’inventer le campus intégral, ouvert, durable et participatif ; de déployer une recherche transversale au cœur des transitions.

« un campus intégral, ouvert, durable et participatif »

On peut aussi évoquer les quelque 50 associations étudiantes qui mobilisent, témoignent et agissent autour de ces enjeux.

Quel est le sens profond de cette mobilisation ? C’est d’engager les étudiants, une fois lancés dans leur vie d’adulte et professionnelle, à agir et à construire de nouveaux modèles d’une société plus respectueuse de l’environnement et de la personne humaine, plus juste et équitable.

 

Le programme LIVE TREE se développe, depuis cette année, sous l’appellation « Penser le vivant ». Pourquoi cette nouvelle orientation ?

Après une première décennie fortement orientée vers les technologies vertes et la réduction carbone, LIVE TREE a effectivement opéré un tournant majeur.

En partant du constat suivant : les solutions technologiques seules ne suffisent pas et génèrent d’autres impacts négatifs, comme la (sur) consommation d’eau et d’électricité (cf. l’impact de l’IA et des Data centers qui poussent comme des champignons), la dégradation des sols, l’effondrement de la biodiversité.

Des usagers intelligents aux usagers avisés

Notre nouvelle approche intègre davantage le vivant, la frugalité et veut renforcer les coopérations locales. Elle veut être plus inclusive en prenant en compte les plus démunis, en visant à rendre les solutions de la transition appropriables par tous. Et en prenant en considération les cultures et les problématiques des pays du Sud, les plus affectés par le réchauffement climatique tout en y ayant le moins contribué.

 

De façon concrète, quels sont les chantiers à venir ?

Nous avons identifié plusieurs démarches stratégiques qui donnent lieu à des résultats concrets.

  • Monter en compétence collective sur la pédagogie de la transition, pour intégrer les enjeux de soutenabilité et former davantage d’acteurs capables d’agir. Cela passe par la diffusion de formats pédagogiques innovants, la co construction de modules et parcours transversaux. A l’instar de la plateforme pédagogique ODDYSSÉE, qui a déjà permis à plus de 8500 étudiants et 400 membres du personnel de l’Université de se former, depuis 4 ans, sur les enjeux de la transition. Et module « Humanités environnementales » du parcours LES HUMANITÉS proposé aux étudiants de l’Université.
  • Soutenir la recherche appliquée et les démonstrateurs de solutions implantés sur nos campus pour faire de l’Université un véritable laboratoire vivant des transitions. Nous cherchons à expérimenter davantage de projets collaboratifs, à l’échelle réelle de nos campus, sur l’énergie, la mobilité douce, l’agriculture urbaine, en incluant les étudiants, les personnels et les partenaires.

Un résultat positif récent de cette démarche Démonstrateurs est l’acceptation, au début de l’année 2026, du Projet Horizon Europe DEOS « Digitalising Energy and Optimising Flexibility in Smart and Efficient Buildings ». Le consortium européen compte 17 partenaires dont JUNIA et l’Institut Catholique de Lille, avec les sites démonstrateurs de l’ilôt historique et du Palais Rameau dans le quartier Vauban. Dans ce projet, la dimension sociétale sera très importante.

 

La Chaire Écologie intégrale   

Créée par la Faculté de Théologie, les programmes Humanités et LIVE TREE, elle explore la conversion écologique de façon interdisciplinaire autour de 4 axes :

Spiritualité, résonance et conversion écologique

Habiter le vivant – Territoires et écologie du lien

Transformer les organisations à l’épreuve des limites planétaires et du prendre soin du vivant

Penser les métamorphoses de l’Anthropocène : vers un nouveau paradigme de connaissances

 

  • Réduire l’impact écologique global de l’Université et renforcer sa résilience. Depuis 2022 l’Université réalise le bilan carbone de ses établissements. Nous voulons clairement réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation énergétique ; limiter les usages de ressources (eau, matériaux) ; promouvoir la frugalité ; préserver et régénérer la biodiversité sur le campus et ses alentours.

 

L’Université est, on l’a vu, un acteur important de ses territoires d’implantation et d’action. Partagent-ils vos ambitions et vos programmes ?

La transition de se décrète pas, elle se construit, se tisse dans les partenariats, se nourrit du dialogue avec les territoires et s’amplifie par la mobilisation de chacune et de chacun.

« La transition ne se décrète pas, elle se construit »

Nos démarches se développent et se renforcent grâce à nos engagements et nos partenariats. C’est le cas du Pacte Lille Bas Carbone avec la Ville de Lille, des conventions cadres passées avec l’ADEME ainsi que la MEL, de l’intégration de notre université dans le Plan Climat-Air-Énergie Territorial et de l’obtention récente du label « Euraclimat Excellence ». 

« répondre à la clameur de la terre et à la clameur des pauvres »

Nous sommes engagés avec détermination pour développer, ensemble, une Université résiliente, engagée pour la justice sociale, capable de rendre la transition inspirante, positivement impactante pour la société, la planète et le vivant. Nous voulons répondre « à la clameur de la terre et la clameur des pauvres » ainsi que le Pape François le demandait à chacun de nous dans son Encyclique Laudato Si’.

 

Propos recueillis par Francis Deplancke

Benoit.robyns@junia.com