[Portrait de Chercheur] Caroline MASSOT, Praticien hospitalier, maître de conférences des Universités

La biomécanique humaine, la rééducation corps et tête pour mieux prendre en charge la sclérose en plaques

Le dépistage précoce des troubles de la sclérose en plaques (SEP), l’apport de la biomécanique et de l’analyse des mouvements des patients, la mise au point d’outils innovants de rééducation pour améliorer leurs fonctions cognitives et motrices : c’est le quotidien du chercheur – clinicien qu’est le Docteur Caroline MASSOT 

En coopération avec les services de médecine physique et réadaptation et de neurologie, mobilisés au sein des hôpitaux de la Catho pour accompagner en permanence 1600 patients, elle a créé une application de rééducation à domicile : BrainMotionMS, bientôt testée au plan national.

 

Redonner de l’autonomie aux patients

L’exemple de son père médecin et la prise de conscience de l’importance du prendre soin ont tôt fait d’orienter Caroline MASSOT vers les études médicales.

Avec, en 6e année, le choix de la spécialité de rééducation : « Mon premier stage à l’hôpital SWYNGHEDAUW au CHRU de Lille m’a fait découvrir les activités de rééducation et de réadaptation fonctionnelle. J’ai été marquée et vraiment passionnée par la prise en charge collective et pluridisciplinaire des patients. Et par le projet partagé par tous les professionnels de santé : leur redonner de l’autonomie ».

Puis direction le Groupe Hospitalier de l’Institut catholique de Lille et la rencontre avec le docteur Cécile DONZÉ, chef de service de médecine physique et de réadaptation fonctionnelle. Qui avait alors cocréé, avec le professeur Patrick Hautecoeur, la Clinique de la SEP.

 

« Déterminer des indicateurs de dégradation précoce de la locomotion »

En 2015, Caroline MASSOT soutient sa thèse de doctorat en médecine et le Diplôme d’études spécialisées de médecine physique et réadaptation, consacrés aux différents troubles constatés dans la SEP.

En 2021, elle soutient la thèse de doctorat en STAPS – spécialité biomécanique – à l’Université Polytechnique Hauts-de-France, sur la détermination d’indicateurs de dégradation précoce de la locomotion chez les patients présentant une SEP.

Et en 2025 elle obtient l’HDR en Sciences et techniques de la santé. Elle est l’auteur, à ce jour, de 23 publications scientifiques essentiellement dans des revues internationales.

 

La sclérose en plaques : première cause de handicap neurologique chez l’adulte jeune

La SEP est une pathologie inflammatoire chronique du système nerveux central qui apparaît le plus souvent entre 20 et 40 ans.

Il y a aujourd’hui, en France, 140 000 patients et 5000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, dont 2/3 sont des femmes. Les populations du nord et de l’est de la France sont relativement plus touchées.

Les facteurs génétiques, environnementaux et les habitudes de vie (tabagisme, obésité) expliquent la survenue de cette maladie, incurable, avec l’apparition de premiers troubles visuels, locomoteurs, respiratoires ou cognitifs qu’il convient de détecter au stade le plus précoce.

Des médicaments et une activité physique régulière et adaptée peuvent améliorer concrètement la vie des patients et leur permettre de gérer au mieux leurs symptômes.

 

L’apport de la biomécanique et de l’analyse du mouvement humain

Caroline MASSOT est investigatrice principale de huit études cliniques menées au sein du GHICL ces dernières années et de quatre projets nationaux de recherche.

Ses travaux portent, en particulier, sur les marqueurs de progression de la SEP, sur de nouveaux outils de dépistage et marqueurs biomécaniques d’évolution des troubles locomoteurs mais aussi sur la rééducation de ces troubles.

« des interventions rééducatives plus ciblées,  plus rapides et potentiellement plus efficaces »

Elle confirme que « l’apport de la biomécanique et de l’analyse du mouvement humain nous permet de caractériser et évaluer les mouvements, les forces, la coordination, l’équilibre ou encore les stratégies posturales des patients. Et de déceler ainsi des altérations du mouvement qui échappent à l’observation clinique traditionnelle.

La mise en évidence de ces biomarqueurs précoces ouvre la voie à des interventions rééducatives plus ciblées, plus rapides et potentiellement plus efficaces ».

 

La coopération avec trois laboratoires de recherche en Région

Pour mener à bien ses recherches, Caroline MASSOT peut s’appuyer sur des coopérations nationales et internationales. Et sur trois laboratoires qui se sont développés dans la Région.

Le laboratoire de marche, créé en 2018 par la Faculté de Médecine, Maïeutique et Sciences de la Santé et par les hôpitaux de la Catho, qui permet une analyse quantifiée des mouvements de la marche, grâce à des capteurs portés par les patients.

L’unité Neurethic Lab, membre de l’équipe de recherche ETHICS EA 7446 de l’Université catholique de Lille, co-dirigée par Cécile Massot et Bruno LENNE, enseignant chercheur en neuropsychologie.

Cette équipe est engagée dans des travaux de recherche fondamentale et clinique consacrés à l’étude du fonctionnement du système nerveux, à l’innovation technologique en santé et à l’amélioration de la prise en charge des patients atteints de pathologies neurologiques.

Le LAMIH, unité mixte de recherche CNRS et Université Polytechnique Hauts-de-France. Son département Sciences de l’homme et du vivant travaille sur le maintien et l’amélioration de la mobilité des patients dans plusieurs affections chroniques.

 

La création d’une application de rééducation à domicile

« Toutes les études scientifiques convergent sur l’importance de l’activité physique et de la rééducation dans la prise en charge de la SEP, confirme Caroline MASSOT. Et plus précisément d’une rééducation qualifiée de « double tâche » ou « corps et tête », basée d’une part sur des exercices physiques et d’autre part sur des exercices neurocognitifs, mobilisant la perception, l’attention, la mémoire, la fluence verbale…

Le problème, c’est que cette rééducation nécessite l’accompagnement de spécialistes de chaque domaine et oblige les patients à se déplacer plusieurs fois par semaine en milieu hospitalier ou en cabinet en ville.

Ce qui peut devenir très difficile, faute de temps, quand on a des charges familiales et professionnelles. En particulier pour les femmes qui représentent, rappelons-le, les 2/3 des patients atteints de la SEP ».

« Des exercices de rééducation physiques et neurocognitifs »

Elle a donc entrepris de concevoir, avec ses équipes et l’appui d’une entreprise régionale de développement numérique La Société des Fabricants, une application mobile de rééducation à domicile dénommée « BrainMotionMS ». Les patients sont invités à réaliser chez eux, quatre fois par semaine, une séance guidée de 20 minutes comportant six exercices en double tâche, avec trois niveaux de difficultés prédéfinis en fonction de leur handicap.

Une étude clinique nationale commence en novembre 2026. Elle inclut plusieurs groupes de patients pour mesurer l’acceptabilité de ces exercices, leur impact concret sur la marche, la cognition, le ressenti et la qualité de vie.

« L’apport des sciences fondamentales aux pratiques cliniques »

Ce projet de recherche-action mobilise des fonds importants, de l’ordre de 750 000 €, financés en particulier par des Fondations : Decathlon, France SEP, Fonds de dotation Mutualiste ; par des crédits européens (Programme EUROTELL) et par la Région Hauts-de-France.

BrainMotionMS : une application prometteuse qui illustre bien l’apport des sciences fondamentales aux pratiques cliniques pour améliorer le quotidien des patients.

 

Propos recueillis par Francis DEPLANCKE

Massot.Caroline@ghicl.net