Histoire et patrimoine

Les origines de l’enseignement supérieur catholique à Lille

Le 12 juillet 1875, l’Assemblée nationale adoptait, par 316 voix contre 266, l’ensemble du projet de loi relatif à l’établissement en France de la liberté de l’enseignement supérieur.

Si les catholiques du Nord et du Pas de Calais n’ont pas attendu la loi du 12 juillet 1875 pour jeter les bases d’un haut enseignement à Lille, il reste que, grâce à elle, est devenue juridiquement possible une institution qui, sous des vocables divers – Cours libre (1874), Institut Catholique (1875), Université catholique (1877), Facultés catholiques (1880), Fédération universitaire et polytechnique de Lille (1974), Fédération universitaire et pluridisciplinaire de Lille (2018) -  joue depuis presque un siècle et demi un rôle essentiel à Lille et dans la région.

Créée par des laïcs et pour des laïcs, l'Université Catholique de Lille a bénéficié du soutien actif des évêques et d’un groupe de patrons chrétiens sociaux, dont Camille Feron-Vrau et Philibert Vrau. Elle est d'abord constituée de trois facultés: droit, lettres et sciences; puis un collège théologique et la faculté de médecine viendront rapidement compléter cet ensemble. Des écoles à vocation professionnelle s'ouvrent ensuite autour des cinq facultés. Les conditions de cette naissance continuent à marquer l’institution. Ses missions prioritaires sont l’enseignement, la recherche et le service à la société : mais au-delà des savoirs, les filières de formation ont un objectif professionnel nécessitant des savoir-faire et des savoir-être qui sont développés par des pédagogies originales.

L'Université Catholique de Lille sera inaugurée officiellement le 15 janvier 1877, dès réception de la bulle pontificale lui conférant l'institution canonique. 

Photos : Coll. Service du Patrimoine et des Archives de l'Institut Catholique de Lille

 

Camille Feron Vraw et Philibert Vrau

Camille Feron-Vrau, médecin et entrepreneur, et Philibert Vrau,
industriel lillois, figures du catholicisme social et pères fondateurs de l'Université Catholique de Lille.

Patrimoine architectural

Durant quelques années, les cours sont données dans divers bâtiments du Vieux-Lille et notamment dans l’ancien hôtel de l’intendance, siège actuel de l’Évêché, rue Royale. Le contrat de location des bâtiments ayant une durée limitée, il importait d’édifier au plus vite un ensemble universitaire fonctionnel pour accueillir les différentes facultés mais aussi les écoles supérieures professionnelles dont le besoin se fait rapidement sentir.

Après plusieurs campagnes d’information, les fondateurs décident d’édifier un ensemble architectural sur le modèle des établissements anglo-saxons ; le style gothique du 13e siècle affirmera le caractère catholique de l’établissement.

Des terrains sont acquis en 1877 autour du boulevard Vauban. Un architecte belge, le baron Béthune d’Ydewalle, en lien étroit avec le premier recteur Mgr Hautcoeur, établit une première série de plans dont la complexité effraie les administrateurs. C’est finalement l’architecte Louis Dutouquet (1821-1903) qui met en œuvre une version simplifiée et plus fonctionnelle du projet primitif.

Trois campagnes de construction vont se succéder, tributaires des impératifs financiers et du contexte politique.

Première campagne de construction

La première campagne concerne surtout l’îlot de l'Hôtel académique :
1879-1880 :
- Maison de famille Albert le Grand
- Partie nord-est de l'Hôtel académique et bibliothèque
1880-1881 : maison de famille Saint-Louis, qui a laissé la place en 1995 à une construction nouvelle
1882-1883 : Faculté de médecine
1883-1884 : Faculté des sciences
1883-1885 : Partie centrale de l'Hôtel académique
1885-1887 : Faculté de théologie

Deuxième campagne de construction

La deuxième campagne de construction s’étend à des extensions proches :
1886-1889 : Clinique Saint-Raphaël, rue du Port
1892-1893 : maison de famille Saint-Michel, boulevard Vauban
1900 : Maison des étudiants, rue Meurein
1913 : Bâtiment de la future Ecole d'électricité, rue Norbert Segard

Troisième campagne de construction

La troisième campagne, retardée par la Première Guerre mondiale, permettra d’achever le plan primitif. En vue de la célébration du cinquantenaire de la fondation en 1927, on édifie alors :
- L’église universitaire
- L’aile de l’Aula Maxima, avec l’entrée principale boulevard Vauban
- La polyclinique Saint-Philibert, rue Saint Jean-Baptiste de la Salle
- La maternité Saint-Anne, boulevard Vauban.

    L'Hôtel académique

    Pièce maîtresse de l’ensemble architectural que forme le campus Vauban, l'Hôtel académique commencé le 22 novembre 1879 est terminé à l’automne 1881.
    Ce palais à la façade de style gothique de 125 m de long abritait dès l’origine les Facultés de Lettres, Droit et Théologie. La Faculté de Droit a quitté le bâtiment pour s’installer dans l’espace Robert Schuman, rue du Port.
    La bibliothèque que constituait une aile latérale de l’édifice, le long de la rue Norbert Ségard renfermait des trésors de manuscrits, d’incunables... Elle a quitté les lieux pour le bâtiment de la rue du port et s’appelle maintenant « Bibliothèque Universitaire Vauban ».
    L'Hôtel académique reste aujourd’hui le bâtiment principal de l'Université Catholique de Lille. Il accueille les services de la Présidence de l’Université et quelques services administratifs.
    La faculté de Médecine, séparée de l'hôtel académique par la rue du Port construite, est en 1882 au milieu d’un jardin botanique. Suite aux travaux de rénovation conduits entre 2014 et 2016, le bâtiment a pris le nom "Feron-Vrau", d'après Camille Feron-Vrau, médecin et fondateur de l'Université.

    L'architecte : Louis Dutouquet

    Brillant élève des écoles académiques de Valenciennes, puis de l’école des Beaux-Arts de Paris, ami du sculpteur Jean-Baptiste Carpeau, ce fils de boulanger natif d’Hasnon (canton de Saint-Amand-les-Eaux), rentre au pays pour s’installer comme architecte à Valenciennes en 1848.
    Il se spécialise dans la construction d’édifices religieux et compte parmi ses réalisations, le collège de Notre-Dame de Valenciennes, le collège Saint-Jean de Douai et vingt églises dont, entre autres, Saint-Vaast et Notre-Dame du Sacré-Cœur à Armentières, les églises de Douvrin, Saint-Saulve, Bruay, Vicoigne…
    En 1879, il lance les travaux de l’Université catholique de Lille, œuvre qui lui tint particulièrement à cœur, de style gothique à l’instar de bon nombre de ses créations. La reconnaissance de l’Université lui valut la Croix de l’Ordre de Pie IX.

    Les maisons de famille

    En briques rehaussées de pierres blanches, de décors néo-gothiques, les maisons de famille sont en totale homogénéité avec les autres bâtiments de l’ensemble Vauban. Avec une spécificité : les colonnettes et arcatures choisies par l’architecte Henri Meurillon.
    Le premier édifice mis en chantier, en 1879, fut l’actuelle résidence Albert le Grand, alors dénommée “Maison de famille Notre Dame”. Philibert Vrau, initiateur du projet lui assignait pour but de protéger des dangers de la ville les étudiants étrangers à l’agglomération lilloise. Elle se situe à l’angle du boulevard Vauban et de la rue Norbert Ségard.
    En 1880-1881 est bâtie la Maison de famille Saint-Louis, copie conforme de son aînée Albert Le Grand qui sera démolie en 1995 pour faire place à un bâtiment d’architecture moderne. Baptisé immeuble Saint-Louis, ce nouveau bâtiment inauguré au printemps 1996 accueille la Bibliothèque Universitaire Vauban.
    Cette première grande campagne de constructions s’achève, en 1892-1893 avec la construction de la maison de famille Saint-Michel.

    La chapelle

    Elle fut édifiée en 1911 selon les plans de l’architecte Jean-Bapstiste Maillard, disciple du Baron Béthune, et terminée en 1924.
    La chapelle est un vaste bâtiment de briques roses rehaussées de pierres blanches en forme de croix latine percée de deux rangées de baies superposées.
    Lors de la bénédiction du 18 novembre 1824 la chapelle est dédiée à Saint-Joseph patron de l’Université. Les vitraux ne sont alors pas encore posés.
    En 1929, Mgr Emile Lesne, recteur de l’Université organise un concours pour l’attribution du marché des vitraux. Il détermine également un programme thématique. Ce programme constitue une catéchèse destinée aux étudiants, dont le parcours se fait comme un chemin de Croix de fenêtre en fenêtre en partant de la petite porte à droite du chœur, qui communique avec les bâtiments de l’Université, les vitraux représentent 36 « épisodes » de l’Evangile, les plus marquants pour des étudiants, de la Nativité à la Pentecôte.

    Le blason de l'Université Catholique de Lille

    Le blason de l’université fut élaboré durant la période de fondation (1870). Il met en relief le caractère universitaire et ecclésial de l’institution, la tradition dans laquelle elle s’enracine et la part prise par les deux provinces septentrionales pour sa création.

    Quatre quartiers composent ces armoiries :

    • Le premier offre un champ de gueules avec deux clefs en sautoir : ce sont les armes de l’antique Collégiale Saint-Pierre et de la Basilique Cathédrale de Notre-Dame de la Treille ; elles rappellent les origines de l’Université et affirment l’union avec la chaire de Saint-Pierre ;
    • Le deuxième quartier est un champ d’hermine au livre d’argent ouvert : la science des docteurs et l’ornement qui les distingue ;
    • Le troisième, d’or au lion de sable lampassée de gueules, c’est la Flandre ;
    • A l’origine, le quatrième, d’azur semé de fleurs de lis d’or au lambel de gueules à trois pendants chargés chacun de trois châteaux d’or, c’est l’Artois associé avec la Flandre pour la création de l’Université. On a modifié en 2011 le quatrième quartier en le transformant par le drapeau étoilé de l’Union européenne.

     

    Blason et logo UCL

     

    Les années 1800
    Les années 1900
    Les années 2000