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L’écriture à l’épreuve de la déportation
07/04/2016 - Recherche

Dessin de Thomas Geve, enfant dans les camps d'Auschwitz puis de Buchenwald.

Colloque international interdisciplinaire :
du 10 au 12 mars 2016 à l’Université catholique de Lille


< Dessin de Thomas Geve, enfant dans les camps d'Auschwitz puis de Buchenwald.

L’écriture est fondamentalement une mise en forme de la vie. Si l’enfant passe par la forme des lettres pour inscrire les mots qui formeront ensuite des phrases, un texte, puis un récit, les civilisations se caractérisent aussi par la mise au point d’un système graphique qui leur permettra d’inscrire ce qui se vit dans l’histoire, ce qui se fera pendant plusieurs millénaires par le travail de la main. L’écriture devient ainsi la trace de ce qui se vit, de ce qui s’est vécu et de ce qui se transmet. Elle est une trace que nous laissons à la fois sur le support et en notre mémoire. Il importe dans le processus d’écriture d’être conscient de cette double empreinte à la fois psychique et externe.
Cette double écriture éclaire la nécessité du témoignage. Le déporté peut écrire son histoire à la fois pour le monde et pour lui-même. L’écriture met en ordre et donne une forme. Elle permet de pénétrer l’indéchiffrable (Christophe Perrin) et de faire acte de résistance intérieure (Marjorie Lombard). Elle témoigne aussi de notre vulnérabilité (Pol Vandevelde).
Chaque fois cette écriture des camps nous donne la preuve du dépassement humain et de la créativité dont chacun de nous est capable a fortiori dans des situations extrêmes. On trouve ainsi dans les camps une production poétique très importante (Hartmut Duppel) ou tout simplement un compte-rendu de ce qui se vit au jour le jour (Odile Louage).
L’écriture concentrationnaire peut être contemporaine de la période de déportation des prisonniers ou au contraire postérieure à cette période. Elle peut être très matérielle et répondre à la nécessité de communiquer et de rassurer (Dominique Durand). Elle prend ensuite soit la forme d’un récit autobiographique proposant des analyses philosophiques essentielles (Denis Salas) mais aussi un mode de transmission singulier (Serge Raymond), soit la forme de récits imaginaires mettant en scène des moments clés de notre humanité (Mary Honan).
Mais l’écriture ne s’arrête pas à la formation d’un style à la fois graphique et métaphysique, l’écriture concerne ce qui vient graver la mémoire dans la postérité. En ceci elle englobe des processus de gravure plus large que l’acte scripturaire. Nous avons abordé la question des photographies de Mauthausen qui reste une écriture de lumière (Renato Boccali) ainsi que des dessins laissés par Thomas Geve au sortir du camp de Buchenwald (Agnès Triebel), qui coïncident extraordinairement avec les structurations architecturales des camps (Eric Penet).
La question de la déportation n’est pas nouvelle. Elle est déjà présente dans Les Ecritures (Catherine Vialle). Elle figure comme désastre et théologie négative chez des auteurs comme Levinas (Dominique Foyer) et fait surgir la nécessité du prophétisme (Jean-François Rey).
Tout au long de ce colloque passionnant qui rassembla une cinquantaine de participants malgré les mesures de sécurité et les préoccupations induites par l’actualité, le dynamisme des dialogues et de l’intérêt n’a pas faibli ce dont nous nous réjouissons. Une thématique fut omni présente : celle de la construction de la mémoire (Corinne Benestroff) ou de l’élaboration de l’écrit de déportation (Cathy Leblanc) et une question cruciale fut abordée, celle de la négation des faits (Stanislas Deprez).
Des chercheurs de La Catho (Faculté de théologie, département d’éthique, FLSH), de France (Lille 3, Fondation pour la mémoire de la déportation, Université de Paris VIII, Ecole nationale de la magistrature, association de Buchenwald), d’Europe (Belgique, Allemagne, Irlande, Italie) et d’Outre continent (USA) ont apporté leur concours à la réflexion. Nous sommes heureux d’avoir pu proposer, en accompagnement de ce colloque, un très beau stand de librairie mis à disposition par la maison Tirloy (Lille), mais aussi les actes du colloque de l’année dernière sur Le Corps à l’épreuve de la déportation publié le 12 mars 2016 à Lille à Geai Bleu Editions (Cf.www.cathyleblanc.fr).
Nous remercions très vivement toutes les entités qui soutiennent ce colloque annuel portant sur la déportation comme objet transversal, c’est-à-dire porteur de ce qui peut éclairer notre contemporanéité. Merci aux fonds de la recherche de « La Catho », à l’Association des anciens déportés de Buchenwald, au Rotary-Club, à l’AFMD-DT59, au ministère de la Défense (ONAC).



Cathy Leblanc , professeur en philosophie à l'Institut catholique de Lille. Thèmes de recherche : la barbarie et la déshumanisation, la phénoménologie heideggerienne. Contact : cathy.leblanc2@wanadoo.fr


Contact : cathy.leblanc@univ-catholille.fr
 
 
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